Cours de l’or : les racines de la 3ᵉ décennie dorée

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Volet 2/3 de notre série sur la « décennie dorée ».

Depuis mai 2019, le cours de l’or a gagné +302 % face à l’euro. Au plan macroéconomique, deux causes principales expliquent cette envolée : la diversification des réserves des banques centrales, et le « trade du débasement monétaire ». Depuis huit mois environ, la demande des investisseurs prend le relais.

Comment le cours de l’or s’est-il comporté depuis 2019 ?

D’abord, observons la tendance récente. Le graphique ci-dessous représente le cours de l’or en dollars (en noir) et en euros (en jaune), entre janvier 2019 et le 29 mai 2026.

Évolution du cours de l'or en dollars et en euros de 2019 à 2026 en trois étapes

Jusqu’à présent, ce marché haussier s’est déroulé en trois grandes étapes. En effet, on les distingue clairement face à l’euro comme au dollar. Le tableau suivant les résume.

Les trois étapes du marché haussier de l’or depuis 2019. Source : analyse Lingor.
ÉtapeDéclencheurMoteur principal
Mai 2019Explosion des déficits publicsSmart money + banques centrales
Février 2022Invasion de l’Ukraine, gel des avoirs russesDédollarisation des réserves
Août 2025Virage de la Fed (Powell)Trade du débasement monétaire

Mai 2019 : le début de la « décennie dorée »

Le marché haussier des années 2020 débute le 21 mai 2019. Il commence donc environ six mois avant la décennie calendaire. Ce jour-là, le métal au comptant clôture à Londres à 1 271,15 $, soit 1 139,84 €.

Quelques mois plus tard, le cours accélère nettement. En cause : l’explosion des déficits publics pendant les confinements liés au Covid-19. Ce « quoi qu’il en coûte » annonce alors la première vague d’inflation du siècle.

Deux acheteurs moteurs : la « smart money » et les banques centrales

À ce stade, deux types d’acteurs portent le prix du métal. D’un côté, les investisseurs avertis, la « smart money ». De l’autre, les banques centrales.

Chez ces dernières, l’essentiel de la demande vient des économies émergentes. En effet, elles cherchent à diversifier leurs réserves face à la militarisation du dollar. Par ailleurs, quelques banques centrales européennes deviennent aussi acheteuses nettes. Selon plusieurs indices, elles harmoniseraient leurs réserves d’or en vue d’une refonte du système monétaire international.

Février 2022 : l’invasion de l’Ukraine change la donne

Le 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine. Deux jours plus tard, une coalition occidentale gèle environ 300 milliards de dollars de réserves de la banque centrale russe détenues à l’étranger. Dans le même temps, la Russie est exclue du réseau de paiement SWIFT.

Dès lors, la militarisation des devises ne concerne plus le seul dollar. En effet, elle s’étend à l’euro, à la livre sterling et au yen. Pour les pays non alignés sur Washington, le choc est majeur. Il rappelle d’ailleurs le « choc Nixon » du 15 août 1971, qui avait rompu le dernier lien entre le dollar et l’or.

Pourquoi l’or plutôt que le bitcoin ?

Dès lors, il devient urgent de réduire l’exposition aux devises occidentales. Deux solutions neutres se présentent : l’or et le bitcoin. Finalement, c’est l’or qui l’emporte. En effet, il reste une réserve de valeur neutre depuis des millénaires.

L’envolée des achats des banques centrales

Résultat : les achats des banques centrales changent d’échelle. Ainsi, ils passent de 473 tonnes par an en moyenne entre 2010 et 2021 à 1 021 tonnes par an entre 2022 et 2025. Le graphique ci-dessous le montre.

Demande annuelle d’or des banques centrales (2010-2025)

Demande annuelle d'or des banques centrales de 2010 à 2025
Achats nets d’or des banques centrales : changement de régime depuis 2022. Source : World Gold Council.
PériodeAchats nets moyens
2010 – 2021473 tonnes / an
2022 – 20251 021 tonnes / an

De plus, une partie de ces achats reste discrète. En effet, certaines banques centrales achètent sans le déclarer au FMI. La hausse du cours est donc largement portée, en coulisses, par les grands argentiers.

Août 2025 : le « trade du débasement monétaire »

Trois ans et demi plus tard, un nouveau déclencheur apparaît. Le 22 août 2025, Jerome Powell fait une déclaration retentissante. Le président de la Réserve fédérale (Fed) ouvre la porte à un nouveau cycle de baisse des taux. En cause : la dégradation du marché du travail américain.

Jusque-là, rien d’étonnant. Toutefois, un détail change tout : cette annonce intervient alors que l’inflation persiste, voire se redresse.

L’impasse de la Fed

La situation place la Fed face à un dilemme. D’un côté, une inflation trop élevée pousse à monter les taux. De l’autre, un emploi fragile pousse à les baisser. Or Powell a tranché clairement. En effet, il donne la priorité à l’emploi, et tant pis pour l’inflation.

Dès lors, les marchés en tirent une conclusion. Depuis août 2025, ils estiment que la Fed a perdu sa crédibilité anti-inflation. Au contraire, le scénario d’un dollar sacrifié à la dépense publique s’installe dans les esprits.

À retenir : le « trade du débasement monétaire » consiste à acheter tout ce qui n’est pas lié au dollar, par anticipation de sa perte de valeur. Or l’actif le moins lié au dollar, c’est précisément l’or.

Par conséquent, le cours s’envole à nouveau. Ainsi, il passe de 3 334 $ (2 858 €) à un record de 5 501 $ le 29 janvier 2026. Face à l’euro, le record atteint 4 589 € le 2 mars 2026. Cela représente une hausse de +60 % face à l’euro en six mois et demi seulement.

Les investisseurs prennent le relais

Au plan microéconomique, août 2025 marque aussi un tournant. En effet, c’est le moment où les investisseurs relaient les banques centrales. Les flux nets sur les ETF or le confirment.

Flux nets vers les ETF or (09/2020 – 22/05/2026)

Flux nets vers les ETF adossés à l'or de 2020 à 2026

 

Entre 2021 et 2024, les ETF or ont en effet subi quatre années de décollecte nette. Autrement dit, les investisseurs restaient à l’écart de la hausse. Puis, en 2025, ils sont redevenus acheteurs nets. Surtout, la demande nette a été très forte entre août 2025 et février 2026.

Le verdict est sans appel. Comme l’indiquaient Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek le 12 février 2026 : « Nous sommes entrés dans la phase de cette décennie dorée où la demande des investisseurs prend les rênes. »

Le cours de l’or face à deux « épreuves de force »

En résumé, deux causes majeures portent l’or depuis le début de la décennie. Stöferle et Valek les nomment deux « épreuves de force ».

  • L’épreuve de force monétaire. D’une part, elle oppose les couples gouvernement + banque centrale à la dégradation de leurs finances. C’est elle qui a accouché du trade du débasement monétaire en août 2025.
  • L’épreuve de force géopolitique. D’autre part, elle oppose les États-Unis et leurs alliés à leurs rivaux. Elle se traduit par la dédollarisation des réserves, surtout dans les pays émergents.

 

Pour mémoire, la dédollarisation désigne la réduction volontaire de la part du dollar dans les réserves de change, au profit d’actifs neutres comme l’or.

Jusqu’où le cours de l’or peut-il monter ?

Ces racines étant posées, une question demeure. En effet, elle nous intéresse tous : jusqu’où le cours de l’or peut-il monter ? Lingor y consacrera le troisième volet de cette série.

Vous souhaitez agir sur cette tendance ? Fort de son expérience du marché de l’or physique, Lingor vous accompagne. Ainsi, vous pouvez découvrir nos lingots et pièces d’or certifiés, suivre le cours officiel de l’or, ou relire le premier volet sur la décennie dorée.

FAQ

Qu’est-ce que le « trade du débasement monétaire » ?

C’est une stratégie qui consiste à acheter tout ce qui n’est pas lié au dollar, par anticipation de sa perte de valeur. L’or en est le principal bénéficiaire. En effet, c’est l’actif le moins corrélé au dollar. Il s’est imposé depuis le virage de la Fed en août 2025.

Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d’or depuis 2022 ?

Le gel de 300 milliards de dollars de réserves russes en 2022 a montré que les devises occidentales pouvaient être bloquées. Dès lors, de nombreux pays émergents ont diversifié leurs réserves vers l’or. Ainsi, les achats sont passés de 473 à 1 021 tonnes par an en moyenne.

De combien le cours de l’or a-t-il progressé depuis mai 2019 ?

Depuis le 21 mai 2019, le cours de l’or a gagné +302 % face à l’euro. Surtout, la dernière phase a été spectaculaire : +60 % face à l’euro entre août 2025 et mars 2026, jusqu’à un record de 4 589 € l’once le 2 mars 2026.

Qui porte aujourd’hui la hausse du cours de l’or ?

D’abord les banques centrales, depuis 2019. Ensuite, à partir d’août 2025, les investisseurs ont pris le relais. Les flux nets sur les ETF or, redevenus positifs en 2025, le confirment.

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